Vins des Cinque Terre en Italie : blanc sec ou Sciacchetrà, deux façons de goûter les terrasses

Dans les Cinque Terre, en Ligurie, deux vins incarnent le vignoble local : le Cinque Terre DOC, blanc sec, et le Sciacchetrà, vin doux issu de raisins séchés. Tous deux naissent sur des terrasses escarpées dominant la mer. Pour choisir une bouteille ou préparer une dégustation, la distinction entre ces deux styles compte autant que le village visité.
Choisir son vin : les différences à connaître avant de commander
Les vins des Cinque Terre ne se résument pas à une couleur ou à une sensation saline. Le mode de vinification change profondément leur caractère : un blanc sec accompagne le repas, tandis qu’un Sciacchetrà appelle une dégustation plus lente, en petite quantité. Des rouges, des blancs de macération et des pétillants complètent cette production, dans des volumes confidentiels.

| Vin | Élaboration et cépages | Style et occasion |
|---|---|---|
| Cinque Terre DOC | Blanc sec assemblant Bosco, Albarola et Vermentino | Vif, aromatique, souvent salin ; à découvrir au repas |
| Sciacchetrà | Vin doux de raisins blancs séchés avant pressurage | Concentré, ambré, fruits secs ; pour une dégustation attentive |
| Rouges locaux | Notamment Canaiolo ou Alicante selon les cuvées | Une autre expression du vignoble, à choisir selon le producteur |
| Vins orange | Raisins blancs vinifiés avec une macération des peaux | Plus de texture et de prise en bouche ; pour explorer un autre style |
| Pétillants naturels | Élaborations confidentielles, notamment en méthode ancestrale | Effervescents ; disponibilité à vérifier sur place |
Un vin produit dans les environs n’est pas automatiquement un Cinque Terre DOC. Certaines créations relèvent d’autres indications, comme l’IGT Liguria di Levante. Sur la carte d’une enoteca, demandez donc l’appellation, le producteur et la méthode de vinification plutôt que de vous fier uniquement à la mention « vin local ».
Des terrasses qui expliquent le travail et la rareté
Entre mer et montagne, les vignes occupent des restanques retenues par des murs de pierres sèches, les muretti a secco. Ces aménagements rendent la culture possible sur la pente tout en retenant la terre. Les sols, notamment schisteux, l’exposition au soleil et aux vents ainsi que la proximité maritime composent un environnement exigeant. Leur influence varie d’une parcelle à l’autre : tous les coteaux ne donnent pas un vin identique.

Le vignoble représente à peine une centaine d’hectares. Sur ces petites parcelles morcelées, la mécanisation reste limitée et les interventions sont largement manuelles. Certaines vignes demandent parfois 30 minutes de marche pour être atteintes. Les raisins peuvent ensuite être transportés à pied ou à l’aide de petits monorails adaptés au relief.
La rareté n’est donc pas seulement une affaire de rendement : chaque bouteille mobilise du temps de déplacement, de culture et d’entretien des murs. Pour le Sciacchetrà, le séchage réduit encore la quantité de jus obtenue. Dans une actualité du 23 novembre 2017, le Parco Nazionale delle Cinque Terre rapportait une production de 205 300 litres de vin et de 9 200 litres de Sciacchetrà. Ces chiffres constituent un repère historique, pas un volume annuel actuel.
La transmission fonctionne ici comme un relais de gestes : reprendre une vigne suppose aussi de savoir remonter un mur, surveiller l’écoulement de l’eau et conserver un accès praticable. Lors d’une visite, demander « qui entretient cette terrasse ? » éclaire souvent davantage le prix du vin qu’une simple description aromatique. La bouteille rémunère aussi une continuité de savoir-faire qui maintient le paysage cultivé.
Blanc sec et Sciacchetrà : deux expressions des cépages locaux
Le Cinque Terre DOC, un blanc de repas
Le Bosco forme la base de l’assemblage traditionnel, avec un minimum de 40 %, aux côtés de l’Albarola et du Vermentino. Le résultat recherché est un blanc sec qui associe fraîcheur, matière et expression aromatique. Selon la cuvée et son évolution, on peut percevoir des agrumes, des fleurs, des herbes ou des fruits à chair blanche, avec une finale souvent qualifiée de saline.
Cette salinité décrit une sensation de dégustation : elle ne signifie pas que le vin contient le goût des embruns par transfert direct. Pour un premier verre, privilégiez une cuvée classique avant d’explorer les macérations. À table, un poisson, des légumes ou des préparations aux herbes constituent des pistes d’accord, à ajuster à la puissance du vin.
Le Sciacchetrà, la concentration par le séchage
Le Sciacchetrà repose sur le passerillage : après la récolte, les raisins sèchent sur des claies ou par suspension. Cette phase, qui peut durer de 40 à 60 jours, concentre naturellement sucres et arômes avant le pressurage différé. Une fermentation lente puis un élevage, souvent en fûts, construisent sa profondeur.
Sa robe ambrée et ses notes évoquant les fruits séchés, les fruits confits ou le miel le distinguent nettement du blanc sec. La douceur n’exclut pas la fraîcheur : c’est leur équilibre qu’il faut rechercher. Goûtez-le d’abord seul, puis éventuellement avec un biscuit peu sucré ou un fromage. Traditionnellement associé aux fêtes et aux moments familiaux, il se prête davantage à un petit verre partagé qu’à une consommation désaltérante.
Macérations, rouges et pétillants : explorer sans confondre
Certains vignerons élargissent le répertoire local avec des macérations longues de raisins blancs, des élevages en amphores ou la réhabilitation de parcelles abandonnées. Un vin orange est un blanc vinifié au contact des peaux, et non un vin aromatisé à l’orange. Cette technique peut apporter davantage de structure, une légère accroche tannique et un registre aromatique différent.
Les rouges issus notamment de Canaiolo ou d’Alicante et les pétillants naturels en méthode ancestrale restent des productions à chercher chez les producteurs ou les cavistes. Leur style ne se déduit pas du seul nom des Cinque Terre. Demandez si le vin est sec, macéré ou effervescent, puis choisissez selon vos goûts plutôt que selon sa seule originalité.
Quelques reconnaissances historiques donnent des pistes : le parc national cite une Corona attribuée à Cinque Terre Ma Va’ 2016 dans Vinibuoni d’Italia 2018, ainsi que U Neigru 2015 dans le top 100 de Golosaria de Milan. Il mentionne aussi Forlini Cappellini comme lauréat du prix Romano Levi de la FAVI. Ces distinctions ne garantissent toutefois ni la disponibilité des millésimes ni celle d’une visite.
Organiser une dégustation entre les cinq villages
À Monterosso, Vernazza, Corniglia, Manarola et Riomaggiore, cherchez les vins locaux dans les enotecas, les trattorias et auprès des domaines recevant sur rendez-vous. Parmi les noms à explorer figurent CHEO à Vernazza, Possa à Riomaggiore et Forlini Cappellini du côté de Manarola. Contactez-les avant de vous déplacer : une propriété viticole n’est pas nécessairement une cave ouverte en continu.
- Pour une découverte rapide : demandez un blanc sec puis un Sciacchetrà, en vérifiant le prix au verre.
- Pour approfondir : réservez une rencontre comprenant des explications sur les parcelles et la vinification.
- Pour marcher dans les vignes : vérifiez l’ouverture des sentiers, la difficulté et les conditions météo.
- Pour acheter : comparez appellation, millésime, contenance et conditions de transport.
Évitez de multiplier les villages et les dégustations dans la même journée. Une visite de terrasse suivie de deux vins bien expliqués permet de mieux comprendre le territoire qu’une succession de verres sans repères. Et si vous randonnez, prévoyez de l’eau, des chaussures adaptées et la dégustation après la marche : le vin accompagne la découverte du paysage, il ne remplace pas les précautions du parcours.